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Autisme, TDAH, maladies chroniques : les femmes sont sous-diagnostiquées, et cela a des conséquences dans le monde du travail
Les politiques relatives au handicap et à l'égalité professionnelle sont encore souvent abordées séparément. Pourtant, certaines femmes se trouvent précisément à la croisée de ces deux enjeux.
Autisme, TDAH, endométriose, maladies auto-immunes… De nombreuses études montrent que les femmes sont diagnostiquées plus tardivement que les hommes, avec des conséquences directes sur leur santé, leur parcours professionnel et leur accès aux aménagements.
Dans le cas du TDAH, une étude présentée en 2024 au congrès de l'European College of Neuropsychopharmacology (ECNP) et publiée dans European Psychiatry a montré que les femmes étaient diagnostiquées en moyenne près de cinq ans après les hommes, alors même que les symptômes apparaissaient au même âge.
Au-delà des différences de symptômes, plusieurs chercheurs soulignent le rôle des biais de genre dans le repérage et le diagnostic. Certains signes d'alerte sont plus facilement identifiés chez les garçons que chez les filles. Des difficultés d'attention ou d'organisation peuvent ainsi être attribuées à un manque de rigueur ou de confiance en soi plutôt qu'à un trouble nécessitant un accompagnement.
Le phénomène est également observé dans l'autisme. Les femmes autistes développent fréquemment des stratégies de compensation qui masquent leurs difficultés.
« On m'a souvent dit : "On ne peut pas aménager ton poste parce que tes collègues vont être jaloux de toi". » témoigne Justine Langlois, autrice de Jungle : Une traversée de l'autisme au féminin, diagnostiquée à 23 ans.
Les maladies chroniques touchant majoritairement les femmes connaissent elles aussi des retards de diagnostic importants. C'est notamment le cas de l'endométriose, qui touche environ une femme sur dix. Selon l'INSERM, le délai moyen de diagnostic est encore estimé entre sept et dix ans en France. Pendant cette période, de nombreuses femmes poursuivent leur activité professionnelle tout en faisant face à des douleurs chroniques et à une fatigue importante dont l'origine reste souvent incomprise.
« Pour les entreprises, l'enjeu n'est pas de poser des diagnostics mais de créer un environnement dans lequel chacun peut exprimer ses besoins sans crainte de jugement. » souligne Eugénie Druart, fondatrice de Women Equity Label (WEL).
Quelques actions peuvent faire la différence :
- intégrer une analyse différenciée femmes-hommes dans le DUERP et l'évaluation des risques psychosociaux ;
- analyser les indicateurs handicap par sexe (RQTH, absentéisme, turnover, promotions) ;
- sensibiliser les managers aux manifestations des handicaps et maladies chroniques touchant les femmes ;
- faciliter les aménagements lorsque cela est nécessaire.
« Mieux comprendre les réalités vécues par les femmes concernées par le handicap constitue aujourd'hui un levier concret pour renforcer l'inclusion et la santé au travail. » complète Eugénie Druart.